On m'a dit un jour que la vie est belle...
Certes, la mienne n'est pas plus mal : toute ma famille est là pour moi si j'en ai besoin, j'étudie dans l'un[e] des plus prestigieuses écoles de Paris, j'ai des amis qui sont là pour m'écouter et j'adore les plats que me prépare ma maman...
Je n'ai donc pas à me plaindre de ma vie...
Cependant, le destin est tout autre pour nombre de personnes...
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Celle de mon cousin par exemple... :
Mon cousin naquit au Cambodge peu avant la guerre civile qui fut provoqué par l'arrivée des Khmers rouges au pouvoir, sous la direction d'un certain Polpot, par le plus pur des hasards : A l'age où les garcons deviennent hommes, mon oncle envisage ses premiers émois amoureux avec l'une des servantes de la maison, relations qui plus tard donnera naissance à ce fameux cousin... Né donc par le geste immature d'un homme pas encore vraiment adulte... du moins dans sa tête... La guerre éclate, forçant mon oncle et mon père à fuir le pays. Par la même occasion, mon cousin, délaissé également par cette mère partie vivre avec un autre homme, est abandonné à ma grand-mère ... Dés son enfance, mon cousin semble être donc un fardeau pour tous ceux qui l'entourent. Il suit ses études quasi-normalement. Son père est allé s'installer aux Etats-Unis. Le mien en France. Ma grand-mère décède peu après. Mon cousin n'a pas le choix. Il doit venir en France puisque son cher papa s'est marié et a eu un enfant. Il débarque donc à l'age de 18 ans dans un pays qu'il ne connaît pas, chez des gens qu'il ne connît pas plus que le pays où il a atterri... Ces gens, ce sont mon père, ma mère et moi, quoique je ne sois encore un peu jeune... Il se voit obligé de recommencer ses études, le niveau n'étant pas le même en France qu'au Cambodge. Le voilà donc en sixième, à 18 ans... Perdu, paumé, déboussolé, il n'est pas comme les autres : Il ne parle pas la langue, il n'a pas eu la même éducation, il se sent seul... C'est pourquoi, il n'a jamais eu vraiment d'amis... simplement quelques connaissances... Il devient finalement électricien, enfin je n'en sais trop rien... Toujours est-il qu'il n'arrive pas à vivre normalement... Son mental est blessé... torturé... Il ne vit pas vraiment dans cette répétition monotone « métro, boulot, dodo »...
Et un jour, tout à coup, il tombe amoureux... amoureux d'une fille un peu comme lui... une fille seule, parlant cambodgien et ne connaissant pas un mot de francais... une fille sensible et perdue... Mais cette jeune fille dont je vous parle, n'est autre que sa propre cousine... ma cousine... envoyé par ses parents restés au Cambodge pour suivre ses études et travailler en France... Parce que là-bas, dans ce petit pays d'Asie que personne ne connaît, les gens font souvent l'analogie entre France et El Dorado... ou bien corne d'abondance... bref un pays où l'argent tombe du ciel et où les gens sont heureux... Mon cousin donc, comme je le disai, tombe amoueux de sa cousine... Amour à sens unique évidemment... Mais ma cousine a besoin de papier car au bout de quelques mois, les étrangers prennent vite le statut de clandestin... alors par un élan de gentillesse que je n'ai connu qu'à lui, il se propose de l'épouser afin de pouvoir lui offrir la nationalité française... Les jours passent... On imagine que finalement les deux cousins partageront un amour réciproque... Du moins, on espère... Mais il s'avère que mon cousin ne change pas... Il reste toujours aussi muet... perdu... Certes, il sort plus, entrainé par sa nouvelle épouse ; il sourit de plus en plus mais il ne cesse de garder en lui ce petit goût de claustrophobie, un sentiment de ne pas être aimé, pas à sa place... Et puis les années passent dans cette monotonie pesante... Ils achètent un appartement, trouvent un rythme de vie... Puis après cinqs ans d'attente, les papiers arrivent enfin... Des papiers devenus presque sacrés... Ma cousine devient donc officiellement française...
Un mois après, elle prend l'avion avec un aller simple pour la Nouvelle Zélande où elle rejoint son petit copain du Cambodge... Un amour qui a dépassé la distance pendant plus de cinqs ans... Est ce beau de ce point de vue-là ?... Un amour qui laisse place au désespoir et à la solitude d'un homme meurtri...
Cher cousin, tu as souffert, tu as vécu le malheur, l'enfer,... Tu es dans ton univers ; un univers de désespoir où au moins tu as ta place. Seulement dans ce monde que tu t'es créé, tu es seul. Ce monde n'est qu'utopie et chaque matin, tu reviens sur Terre... Tu dois haïr tous les Hommes du monde. Au fond de ton c½ur, tu es blessé. Une blessure qui ne guérira pas sans doute car tu as connu toutes les souffrances...
Mais tu n'es pas seul. Moi qui ne suis qu'un vulgaire adolescent, un enfant innocent nageant dans le confort, je pense à toi... Tu es l'archétype de la gentille, rien en toi n'est fait de haine et tu es un modèle de générosité... Une générosité qui finalement s'est avérée destructive. Mais sache que moi quand je serai capable de faire quelque chose, quand je gagnerai enfin ma vie,... bref quand je deviendrai adulte, je ferai en sorte que tu vives ce bonheur que tu ne connais pas...
Personnage tragique à l'image d'¼dipe, tu fais parti de ces héros qui devraient rester dans l'Histoire... On ne devrait pas t'oublier...
Je pense à toi...